La production laitière mondiale reste orientée à la hausse, mais son rythme de croissance ralentit, notamment sous l’effet des fortes chaleurs qui ont affecté plusieurs régions d’Europe. Dans l’hémisphère Sud, la perspective d’un épisode El Niño d’ampleur exceptionnelle fait craindre une multiplication d’événements climatiques extrêmes. En France, la reprise des naissances après les perturbations liées à la FCO soutient le potentiel de production, mais les fortes chaleurs et la sécheresse ont en partie limité cet effet. Du côté des ménages, les achats de beurre et de crème ont reculé cet été.
Lait de vache » Collecte laitière »
Un été qui met la filière laitière à l’épreuve
Dernière révision leLa collecte laitière française, rattrapée par les fortes chaleurs et la sécheresse, peine à confirmer le rebond attendu cet été.
Une collecte laitière rattrapée par la canicule
En juillet 2026, la collecte laitière française était stable (+0,1% /juillet 2025). Selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, la collecte afficherait une légère hausse en août (+1%). Après plusieurs mois de progression amorcée en août 2025, la collecte a décroché au moment où elle atteint habituellement son pic saisonnier. Cette inflexion s’explique d’abord par les conséquences de la FCO qui a touché plusieurs bassins laitiers de l’Ouest à l’été 2025. Les fortes baisses de naissances enregistrées en mars et avril ont décalé l’entrée en lactation d’une partie des animaux. À ce facteur sanitaire se sont ajoutés des épisodes climatiques particulièrement difficiles. Une première vague de chaleur fin mai (semaine 22) a entraîné un recul immédiat de la collecte (-3,7% sur un an). Une deuxième vague, particulièrement intense, a frappé la France fin juin (semaine 26), avec un recul de collecte de 7%. D’autres épisodes de canicule se sont ensuite succédés au cours de l’été, provoquant à chaque fois un ralentissement de la production. Entre deux épisodes de forte chaleur, le retour à des températures plus clémentes a permis aux animaux de récupérer. Mais la répétition de ces séquences a progressivement pesé sur leur état et leur capacité à exprimer pleinement leur potentiel de production.

Le décalage des vêlages consécutif à la FCO s’est traduit par une nette remontée des naissances à partir de mai. Cette évolution devait mécaniquement alimenter la production dans les mois suivants, avec davantage de vaches entrant en lactation. Les naissances ont en effet progressé de près de 20% sur un an en mai comme en juin. La hausse s’est poursuivie en juillet, à un rythme toutefois plus modéré, autour de 3%, et les données disponibles pour août restent orientées à la hausse. La collecte aurait donc dû bénéficier de cette reprise des naissances à partir de juin et jusqu’au début de l’automne. Mais les épisodes de chaleur ont en partie gommé cet effet favorable. En septembre, malgré des températures encore anormalement élevées, la collecte pourrait progresser par rapport à 2025, portée par la présence de nombreuses vaches en pleine lactation.

A la succession des épisodes de chaleur s’est ajoutée une sécheresse sévère, qui a fortement dégradé l’état des sols et des prairies. Le pâturage a été très limité au cours de l’été, les prairies ayant été fortement desséchées. Dans les secteurs les plus touchés, une réimplantation pourrait s’avérer nécessaire. La situation est contrastée pour le maïs, avec de fortes disparités selon les territoires et les conditions locales. Dans certaines exploitations, les pertes de rendement devraient être importantes. Les stocks constitués pour l’hiver ont déjà commencé à être mobilisés et les inquiétudes portent désormais sur la disponibilité et la qualité des fourrages pour les prochains mois. Certains éleveurs ont dû acheter des fourrages, parfois à des prix élevés. Les situations restent néanmoins très hétérogènes d’une exploitation à l’autre.
Le retour des pluies est désormais particulièrement attendu pour permettre la reprise de la pousse de l’herbe à l’automne et reconstituer des ressources fourragères.
Enfin, des difficultés de reproduction ont été observées dans les exploitations. Leurs effets sur la dynamique du troupeau et sur la production laitière ne seront visibles que dans les prochains mois.
Les évolutions diffèrent sensiblement selon les bassins laitiers. Dans le Nord-Ouest, la collecte s’est dégradée en avril et en mai, sous l’effet de la FCO et du décalage des vêlages. La remontée des naissances en mai et juin laissait ensuite attendre une reprise de la production. Celle-ci a toutefois été largement atténuée par les épisodes de canicule. En Bretagne, la collecte est repartie à la hausse en juillet, comme l’illustre le graphique, tout en demeurant inférieure à son niveau de 2025. À l’échelle du Grand Ouest, les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer laissent encore entrevoir une collecte inférieure à celle de l’an dernier en août. La situation pourrait toutefois s’inverser en septembre.

À l’Est de la France, et plus particulièrement dans le Grand Est, la situation apparaît différente, avec une collecte nettement supérieure à celle de 2025. La région avait été fortement touchée par la FCO dès l’été 2024, ce qui avait perturbé la production et contribué au recul de la collecte jusqu’en août 2025.
L’amélioration de la qualité des fourrages avait ensuite favorisé une reprise à partir de septembre 2025, qui s’est prolongée en 2026. Les éleveurs du Grand Est ont néanmoins eux aussi été confrontés aux fortes chaleurs, avec un impact sur la collecte depuis la fin du mois de juin.

Le prix du lait amorce une stabilisation après plusieurs mois de repli
Depuis octobre dernier, le prix du lait en France a suivi une trajectoire baissière. En juillet 2026 pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix s’est établi à 439 €/1 000 litres, passant largement sous son niveau de juillet 2025 (-51 €). Cette baisse semble marquer le pas. Selon les données de l’Observatoire de l’Éleveur Laitier, le prix devrait se maintenir à des niveaux proches en août et en septembre.
En composition réelle, le prix a poursuivi son recul à 454 €/1 000 litres en juillet (-51 € /juillet 2025) en repli de 47 € comparé à janvier 2026.

La marge des éleveurs poursuit son recul
Du côté des charges, l’IPAMPA lait de vache (qui représente 58% des coûts de production en zone de plaine), a légèrement augmenté en juillet 2026 d’un mois sur l’autre (+1,2%) et a progressé de 5,3% /juillet 2025. Sur un an, le poste aliment acheté est désormais en hausse (+2,2% /2025). La progression est très marquée pour l’énergie (+29,9%) et pour les engrais (+14,4%). Dans l’ensemble, les charges courantes ont progressé de 6,1% sur un an tandis que les biens d’investissement se sont renchéris de 2,5%.

La marge MILC continue de se dégrader. Estimée à 159 €/1 000 l en juillet dernier, elle connaît son neuvième mois consécutif de recul, perdant 17€ sur un mois. Ce repli résulte de la combinaison d’une baisse du prix du lait (lait conventionnel aux taux réels), d’une baisse des prix des vaches de réforme et des veaux et d’une légère augmentation des charges. Sur un an, le recul de la MILC a atteint 89€/1000 l. Au recul du produit lait (-56€) s’ajoute celui des coproduits viande (-14€), ainsi que la hausse des charges (+19€). À noter, les charges considérées dans la marge MILC se basent sur l’IPAMPA lait de vache qui ne couvre pas l’ensemble des charges des exploitations. D’autres charges comme les coûts salariaux, les coûts des travaux par tiers ou les frais financiers qui ne sont pas prises en compte dans l’IPAMPA, restent en hausse par rapport à début 2025. Par ailleurs, les investissements en élevages laitiers ont été importants ces dernières années, notamment en robotisation, et l’évolution de la part croissante des investissements n’est pas prise en compte dans le calcul, l’indice IPAMPA étant établi sur la base 2020.
Une collecte de lait bio sous tension
La collecte de lait bio connaît un net recul depuis le printemps. En juillet, elle s’est encore dégradée de 6,2% /2025. Après les reculs observés en avril et mai sous l’effet des décalages de naissances liés à la FCO dans le grand ouest, la canicule et la sécheresse ont fortement pesé sur la production. De plus, les nombreux arrêts observés en 2025 (217 arrêts d’activité en lait bio dont 62% d’arrêts de certification) ont fortement affecté le niveau de collecte en 2026.

La question des fourrages constitue également un point de vigilance majeur pour les élevages biologiques. Comme en conventionnel, la sécheresse et les fortes chaleurs ont fortement réduit les possibilités de pâturage et fragilisé les ressources disponibles pour les prochains mois. La situation peut être particulièrement délicate dans des exploitations moins habituées à constituer des stocks. Une réduction du cheptel pourrait devenir nécessaire si les ressources fourragères ne se reconstituent pas suffisamment à l’automne.
Cet été, les épisodes de chaleur se sont traduits par des baisses ponctuellement très marquées de la collecte bio. Dans certains cas, ces replis ont pu conduire des industriels laitiers à faire face à des disponibilités limitées en matière première.
Certains opérateurs s’interrogent désormais sur les disponibilités en lait bio dans les prochains mois. La reprise de la demande intervient en effet dans un contexte où la production est fragilisée par les aléas climatiques, qui affectent les fourrages et la production laitière, tandis que le nombre de livreurs a récemment fortement diminué.
















